Ils le disent à leur insu

Par Anne Combot

Lors de son interview, rediffusée sur le site du Forum de l’ACF-VLB – Glitch#3 –, Éric Laurent, à propos de son analyse sur l’époque des Big Data, précisait que « le signifiant se répand comme une traînée de poudre ». Il me semble que la jeune génération en a saisi quelque chose, entre fascination et peut-être méfiance.

Lacan déduisait de l’expérience analytique la perpétuelle évolution du langage, toujours vivace et vivant, ce qui a permis une réponse au développement inexorable des Big Data par la naissance d’un nouveau signifiant qui prend ici la structure d’un clin d’œil adressé à l’époque. Cette nouvelle création langagière s’est échappée pour se répandre à l’aurore du nouveau siècle et désormais elle court, elle court… chez les ados de la génération selfies et Quantified Self : « Ne pas calculer quelqu’un » qui se conjugue toujours sous la forme négative, et qui désigne quelqu’un qui ne fait pas attention à vous, qui ne vous regarde pas.

Nous avons appris avec la psychanalyse ce qu’il en est du langage : il dit sur un versant et sur l’autre ne dit pas. Sur son envers cela pourrait-il vouloir dire alors, sans qu’ils le sachent, ne pas vouloir être trop calculé par l’Autre sur son versant du contrôle social ?