Le lieu et le lien, le Forum de Nantes

Par Martine Coussot

 

Pourquoi emprunter le titre d’un cours de Jacques-Alain Miller pour évoquer le Forum qui a eu lieu le 30 septembre à Nantes ? Pour rendre hommage au lieu qui a permis de faire lien lors de cette journée, lien social et lien de travail, pas sans le discours psychanalytique bien sûr.

Avec le choix de l’École Nationale Supérieure d’Architecture (ensa) de Nantes, s’offrait la promesse d’un bâtiment de référence, réalisation majeure de deux architectes, Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal, lauréats en 2008 du Grand prix national d’architecture pour l’ensemble de leur œuvre.

En arrivant à l’ensa, se dégage d’emblée l’impression d’espace où fourmille une vie foutraque, tel un garage berlinois démultiplié. Des piliers en béton, des grilles métalliques, de grands espaces sans définition précise, permettant de multiples transformations. Une rampe monumentale circule et entoure l’ensemble du bâtiment, conçu comme une enveloppe ouverte dans laquelle se loge l’école d’archi proprement dite. L’auditorium quant à lui est signalé par des lettres de néon rose, voulues par les architectes pour indiquer spécifiquement les lieux ouverts au public. Et le public, notre public, est venu : deux cent soixante participants vont grimper dans les travées de cet amphithéâtre pour suivre avec une attention soutenue les travaux de la journée.

Avant de rentrer dans l’auditorium, chacun récupère son badge (attention, collector !). On se salue, on s’embrasse, on se congratule, on fait des apartés avec des mines sérieuses, on prend des nouvelles, bref on est content de venir des confins de notre grande ACF, et de se retrouver pour une journée d’étude. Un accueil-café est proposé dans le « foyer » où des chaises colorées, éparses et désassorties, ponctuent gaiement l’espace tout en béton brut. La librairie arbore fièrement la liste d’ouvrages, très sérieusement préparée.

Surprise en entrant dans l’auditorium, le sol est en bitume ! C’est là aussi un choix des architectes pour marquer l’ouverture et la continuité avec les rues de la cité. Il s’agit également de permettre aux camions de rentrer dans l’espace même, lorsque qu’il est utilisé à des fins théâtrales ou scéniques. La tribune, en accent circonflexe, répond au décentrement des travées. Celles-ci, d’une disposition très pentue, sont encadrées par mur et piliers en béton d’un côté, paroi en verre de l’autre, ouvrant sur la cité et le bord de Loire. Et le promeneur avec chien – ou bien est-ce le toutou promenant son maître ?  –aperçus de l’autre côté mais si proches, confirme la production d’un espace interrogeant une certaine continuité topologique.

Le parti pris de l’usage contre la norme, et la réflexion sur les frontières au sens du littoral, de ce qui rassemble et sépare, sont donc affirmés par les architectes, et c’est dans ce lieu « psychanalytique » que nous aurons à réfléchir lors de cette journée. Des psychanalystes et des intervenants d’autres disciplines scientifique, juridique, sociologique, vont nous réveiller, nous interpeller, croiser les questionnements, tandis que dans la dimension clinique, nous aurons à définir les frontières de l’acte.

Par cet exercice de littoral notre responsabilité de psychanalystes dans l’ère numérique a été engagée, de la bonne manière. La psychanalyse vivante, en acte, dont l’un pourra dire après le Forum « On s’est sérieusement amusés » (Aurélien Bomy) tandis qu’un autre affirmera « J’ai beaucoup appris » (Gilles Dowek). Le gay-sçavoir de la psychanalyse donc, au début de ce siècle et tourné vers lui, par une belle journée de septembre à Nantes…