Éthique et pragmatique de l’acte

Par Solenne Daniel

 

La séquence clinique, présidée par Anne-Marie Le Mercier, a été orientée sur l’efficacité de la psychanalyse sous le signifiant de l’acte.

Déborah Allio et Claire Zicot ont illustré ce qu’est un acte politique au sein d’une institution : la création d’un atelier permettant la lecture des pratiques orientées par la psychanalyse, un lieu d’élaboration à partir de textes théoriques où peut être traitée la responsabilité personnelle engagée dans l’acte. Il a fallu pour ce faire utiliser la langue de l’Autre, user d’un langage standardisé utilisant une liste de signifiants-maîtres selon une logique financière et d’efficacité. Il a fallu ne pas céder sur l’éthique même de l’atelier où le programme n’est pas défini, où le savoir s’il surgit est un produit de la conversation. Cette proposition nouvelle de formation à partir du discours de la psychanalyse lacanienne est un acte politique visant à ce que la psychanalyse appliquée à l’institution résiste.

Nathalie Leveau a explicité l’éthique d’un acte. Il n’existe nulle savoir absolu concernant la pratique de celui qui écoute le sujet souffrant, quant à ce qu’il conviendrait de faire, accepter ainsi de ne pas tout savoir, surmonter le fait qu’il n’y ait pas de réponse adéquat ou de parole juste à donner au patient. Les échanges analytiques, même en institution ou en contrôle doivent rester analytiques, afin de garder un trou au centre. Il s’agissait d’un témoignage d’un affranchissement des conseils de l’autre, mais un autre distinct du sujet supposé savoir, un autre au savoir absolu. Cet affranchissement lui a permis de laisser place à une dimension possible de l’acte appuyant ainsi la nécessité pour chaque praticien de garder un lien à l’analyse.

Isabelle Buillit a expliqué comment un acte du praticien orienté par la psychanalyse  peut permettre une modification du rapport du sujet à l’autre. L’efficacité ici tient à l’allègement de la mortification et de la persécution provoqué par les signifiants obtenus par la voie d’une nouvelle nomination. Il a été énoncé au patient une parole qui fait acte, lui signifiant alors qu’il est sans Autre, seul, ce qui a permis au sujet de trouver la voie par où il se nomme. L’événement en tant qu’acte a un trajet rétroactif. L’acte est mis sous la dépendance de l’Autre, c’est une fois que l’autre en aura dit ou fait quelque chose qu’il y aura acte. L’acte de l’analyste se place du côté du sujet à posteriori.

Emmanuel Chenesseau décrit un sujet qui ne peut se ranger sous la loi pour tous à l’école, comme dans l’institution psychiatrique où il est reçu. C’est un sujet qui refuse le savoir, il est persécuté par le signifiant. L’efficacité de la prise de parole singulière qui lui est proposée va permettre au sujet lui-même de se nommer. Nommer sa jouissance débordante va avoir un effet d’apaisement.

Laurence Metz a évoqué un acte qui consiste en une présence constante sur le seuil de la porte, comme point de suspension et une parole envoyée dans les airs,  acte de dire un possible. Le sujet s’est fait destinataire de cette parole, qui va entraîner un travail de déchiffrage des sons de lalangue, jusqu’à laisser des traces, des signifiants d’enfance, jusqu’à un dire non de l’analyste à un déchiffrage. Acte qui fera émerger chez le patient une parole adressée, accrochée au lien social.

Elisabeth Marion décrit deux moments qui dans l’après coup peuvent être qualifiés d’acte concernant un sujet qui repousse l’Autre. Un premier moment a fait acte, lorsque l’analyste a décalé son signifiant de jouissance, se positionnant alors comme manquante de savoir. Ceci qui va le mener à rechercher dans les livres, fixant sa jouissance en l’articulant au symbolique afin d’éviter le passage à l’acte. Le deuxième moment fut une parole énoncée de l’analyste face à l’inquiétante étrangeté du surgissement chez lui de la jouissance dans son corps, permettant au sujet l’usage de l’équivoque. Ce décalage lié à l’effet de fiction de la parole et en appui sur les livres lui permettra peu à peu un lien à l’Autre plus apaisé.